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Qui s’y frotte, s’y pique…

Captain Slip | 27 avril 2010

Captain Slip

Les botanistes considèrent aujourd’hui que les plantes carnivores ont été découvertes par Charles Darwin, vers 1870. Eh bien détrompez-vous ! C’est bien Captain Slip, il y a 230 millions d’années, qui fut le premier à mettre la main dessus ! A l’époque il survolait déjà les marécages, armé de son slip en peau de bête. Ces derniers étaient infestés de dinosaures, tous plus agressifs les uns que les autres. Mais outre cette menace incessante, Captain Slip se montrait particulièrement vigilant à l’égard de certains végétaux. Mais rassurez-vous, depuis que l’un d’eux a avalé son slip, c’est Captain Slip qui mange les plantes carnivores.

Depuis cette rencontre, Captain Slip les a toutes apprivoisées. Il en a même fait une passion qu’il vous propose de partager ici même. En voici le programme :

  1. Qu’est-ce qu’une plante carnivore ?
  2. Les pièges
  3. Le substrat
  4. L’arrosage
  5. La température
  6. La lumière
  7. Le contenant
  8. L’engrais
  9. L’entretien
  10. Les maladies et parasites
  11. La multiplication
  12. Les 6 règles d’or

1. Qu’est-ce qu’une plante carnivore ?

Wikipédia définit une plante carnivore de la manière suivante :

On appelle plante carnivore tout végétal capable de capturer des proies (insectes, acariens et autres petits invertébrés essentiellement) et d’en assimiler tout ou partie afin de subvenir (partiellement) à ses propres besoins.

On dénombre 600 espèces de plantes carnivores réparties en une vingtaine de genres (il y en a 22000 recensées, toutes plantes confondues) dont les ¾ sont des Drosera et Utricularia.

Ces plantes ont la particularité de pousser sur des sols pauvres en éléments nutritifs tels que les marécages et les tourbières. Elles peuvent survivre grâce au seul phénomène de la photosynthèse. Néanmoins, en capturant des proies sources de protéines et de vitamines, elles deviennent plus vigoureuses et productrices de graines.

La plupart d’entre elles sont vivaces. Leur espérance de vie est longue : par exemple 20 ans pour une Dionée et 30 ans pour une Sarracenia.

Malgré tout, ces espèces sont menacées par la destruction de leur milieu naturel, la pollution (contamination des proies notamment par le cadmium qui est ensuite ingéré par les plantes qui voient alors leur croissance perturbée) et la cueillette illégale.

En France, seules trois genres poussent : la Drosera rotundifolia, l’Utricularia vulgaris et la Pinguicula grandiflora. Il est interdit de les cueillir.


2. Les pièges

On distingue trois types de pièges :

  • Actifs. Les Dionées (aussi appelées attrape-mouches ou encore gobe-mouches de Vénus) sont l’exemple le plus connu. Elles se composent de deux mâchoires se prolongeant de cils et présentant quelques poils sensitifs à l’intérieur. Il suffit que deux d’entre eux soient touchés simultanément par un insecte pour que la mâchoire se referme en une fraction de seconde. La proie sera alors lentement digérée (de quinze jours à trois mois). L’Utriculaire, quant à elle, est aquatique. Elle est munie de petits ballons se remplissant d’eau pour aspirer tout insecte décelé aux alentours.
    Dionée

    Dionée capturant une mouche

    Dionée

    Dionée capturant une araignée

    Utriculaire

    Utriculaire composé de petits ballons

  • Semi-actifs. Les Drosera présentent une multitude de poils fins au bout desquels sont sécrétées des goutelettes de glu. Celles-ci, similaires à des gouttes d’eau, attirent les insectes. Si ces derniers sont de taille importante, la tige peut s’enrouler autour de sa proie qui sera dans un premier temps étouffée (la respiration ne pouvant plus se réaliser au travers de son corps) puis digérée par les enzymes produits par la plante. Les Pinguicula arborent des feuilles plates et brillantes, que l’on pourrait penser humides. En fait, ce leurre n’est qu’un mucilage dont le but est d’attirer de petits insectes. Si ceux-ci se situent au bord d’une feuille, cette dernière pourra s’enrouler autour de sa proie.

Drosera

Drosera

Pinguicula

Pinguicula moranensis

  • Passifs. Ces pièges revêtent la forme d’urnes dont les rebords sont imprégnés d’un nectar attirant tout type d’insectes. Ils pénètrent dans ces alvéoles aux parois lisses regorgeant de poils orientés vers le bas. Ils finissent par tomber sans pouvoir remonter. Ils sont alors digérés par les enzymes sécrétées par la plante. Ce piège aux allures d’oubliettes est présent chez le Nepenthes, la Sarracenia, l’Heliamphora, le Cephalotus ou encore le Darlingtonia.
    Nepenthes rafflesiana

    Nepenthes rafflesiana

3. Le substrat

Il est fortement déconseillé d’utiliser du terreau pour plantes d’intérieur. Les plantes carnivores poussent dans des milieux pauvres et acides. Le substrat se composera donc d’un mélange de 2/3 de sphaigne et d’1/3 de sable non calcaire. Cette composition pourra être quelque peu modifiée pour s’adapter à certaines spécificités de plantes.

  • La sphaigne : Celle-ci devenant rare, elle peut être remplacée par de la tourbe blonde 100 % naturelle (pas de tourbe brune, ni de tourbe enrichie ou encore de tourbe de carex). Vous la trouverez dans tous les rayons jardin.
  • Le sable : Il ne doit pas être calcaire. Le sable de quartz ou de Loire, vendu dans les magasins d’aquariophilie, est un très bon matériau de drainage. Pour les grosses quantités (à partir de 25 kg), les fournisseurs de matériaux de construction proposent des prix bien plus bas. Le sable peut également être remplacé par de la pouzzolane ou un mélange de vermiculite et de perlite. Quel que soit le matériau retenu, il constituera la couche inférieure du pot.
  • Sphaigne

    Sphaigne


4. L’arrosage

Le choix de l’eau d’arrosage est de la plus haute importance. Evitez l’eau du robinet, l’eau de source, l’eau de puits et l’eau d’un adoucisseur. Elle sera trop calcaire ou trop riche en sels minéraux. Il est préférable d’opter pour l’eau de pluie, l’eau déminéralisée ou l’eau osmosée, à température ambiante.

Vous pourrez néanmoins utilisez de l’eau du robinet si vous la laissez reposer 48 heures, afin que le chlore s’évapore. Il sera aussi nécessaire d’ajouter une cuillère à café de vinaigre blanc pour un litre d’eau, pour acidifer cette dernière. L’eau de Volvic, peu chargée en sels minéraux, pourra être utilisée en dépannage.

En hiver, cessez l’arrosage par immersion. Un arrosage classique suffit. Au printemps, un arrosage par capillarité est requis. N’hésitez pas à immerger dans une soucoupe d’eau le quart inférieur de votre pot.

Attention aux Nepenthes ! Le substrat doit rester humide mais elles n’apprécient pas d’avoir sans cesse les pieds dans l’eau. Arrosez souvent et laissez le surplus s’écouler librement.

5. La température

Si vous désirez conserver vos plantes carnivores durant plusieurs années, elles doivent pouvoir se reposer durant l’hiver. Pour cela, la température doit être comprise entre 5 et 12°C. Il est donc recommandé de laisser votre pot sur un rebord de fenêtre. Si vous disposez d’une véranda ou d’une serre, vos plantes pourront y séjourner toute l’année. Dans le cas contraire, et pour éviter les températures basses (notamment les gelées) vous serez contraint de les placer dans une pièce peu chauffée mais néanmoins lumineuse (cellier, lingerie, chambre inoccupée, etc).


6. La lumière

Les plantes carnivores sont héliophiles, ce qui signifie qu’elles ont un grand besoin de lumière.

Il est fortement recommandé de les placer à l’extérieur voire au maximum à un mètre derrière une vitre. Au-delà, elles risquent de dépérir. La perte d’intensité lumineuse est fonction du carré de l’éloignement de la fenêtre. En d’autres termes, si votre pot est placé à 3 mètres de cette dernière, l’intensité lumineuse que recevra votre plante sera neuf fois moins élevée que si elle était sur le rebord.

Les Dionées, Sarracenia, Drosera et Darlingtonia sont avides de lumière tandis que les Nepenthes, Pinguicula et Cephalotus préfèrent rester derrière un voilage (pas plus d’un mètre de la fenêtre).


7. Le contenant

Les pots en terre cuite sont déconseillés. Poreux, ils maintiennent plus difficilement l’humidité. Face à la chaleur, l’évaporation est favorisée. Ces inconvénients augmentent la consommation d’eau. De plus, leurs parois accumulent des sels minéraux nocifs pour les plantes carnivores. En revanche, si vous utilisez des pots émaillés ou vernis, vous ne rencontrerez pas ces problèmes.

La solution la plus appropriée est l’usage du pot en plastique. Outre de contourner tous les inconvénients cités plus haut, il confère une légèreté et un nettoyage facile. L’idéal est de recourir à cette solution en optant pour un bac à réserve d’eau. Vous limiterez ainsi le nombre d’arrosages. De plus, en se débarrassant d’une soucoupe, la plante pourra absorber quand elle le souhaitera la quantité d’eau dont elle a besoin. La réserve d’eau ne convient pas aux Pinguiculas et aux Nepenthes dont les racines sont sensibles à la pourriture.

Les marques Lechuza et Emsa proposent une gamme de pots à réserve d’eau au design soigné.

Image de prévisualisation YouTube

La taille minimum requise pour un pot destiné à une plante carnivore est de 12 cm tant en diamètre qu’en hauteur. Plus la taille sera grande, plus la culture sera facilitée. Les racines vont proliférer, les écarts de température seront atténués et le substrat conservera plus longtemps son humidité. Si vous décidez de mélanger plusieurs plantes dans le même pot, celui-ci pourra faire 20-25 cm de diamètre (environ 4 L).

Autre conseil : il est recommandé en extérieur de choisir un pot de couleur claire afin de limiter les effets du soleil.


8. L’engrais

L’apport d’engrais n’est pas obligatoire. S’il est employé, seule une formule foliaire conviendra aux Nepenthes et dans une moindre mesure aux Sarracenia et Dionées. Il est conseillé d’utiliser des engrais liquides pour orchidées ou tillandsia, une fois par mois, d’avril à septembre, en prenant soin de diviser la dose prescrite par cinq.


9. L’entretien

Rempotage et nettoyages réguliers sont les deux conditions d’un bon entretien.

Le rempotage se réalise au maximum tous les quatre ans (deux ans pour une Sarracenia) en mars ou avril. Il permet de renouveler le substrat, qui finit toujours par se dégrader. Il devient obligatoire dans les cas suivants :

- arrosage avec de l’eau calcaire ou chlorée (eau du robinet),

- urnes de Sarracenia fines et effilées,

- apparition de racines par les trous de drainage.

Pensez à supprimer les parties nécrosées, inesthétiques et susceptibles d’abriter des champignons. Ce geste n’est pas requis pour l’extérieur car elles préservent le pied de la plante durant l’hiver. En revanche, il sera nécessaire au printemps.

Chez les Dionées, vous pouvez couper la hampe florale. D’une part elle n’est pas fantastique et d’autre part les spécialistes considèrent qu’elle épuise la plante en réduisant le nombre de pièges pourtant plus décoratifs.

Chez les Sarracenia, éliminez toutes les urnes déformées, tâchées, ridées ou présentant des zones sèches.Cela stimulera la pousse de jeunes feuilles.


10. Les maladies, parasites et soins

Bien que carnivores, ces plantes sont sensibles aux acariens, aleurodes, cochenilles et pucerons. La solution idéale est de les recouvrir d’un sac plastique transparent durant quinze jours, afin d’étouffer les intrus par le gaz carbonique qu’elles produisent.

La cochenille farineuse s’attaque à la Sarracenia et au Cephalotus. On peut s’en débarrasser au jet d’eau. La cochenille à carapace s’en prend quant à elle au Nepenthes. Un insecticide pour orchidée suffira.

Le fumagine est un champignon noir qui prend l’apparence d’une poudre sur les plantes. Il est dû à une atmosphère trop confinée. La solution passe par un nettoyage à l’eau et une aération régulière de la pièce.

L’oïdium apparaît sur le Cephalotus et l’Utriculaire lorsqu’il y a un manque de lumière ou qu’il y a trop d’humidité. Des traitements à base de soufre existent. Songez à changer l’emplacement de votre plante (à l’extérieur par exemple).

Les pucerons sont les intrus les plus courants. Ils se remarquent sur les Drosera (notamment capensis), Sarracenia et Dionées. En pompant ces plantes, ils entrainent des déformations. Ils peuvent être éliminés à la main ou en utilisant un coton imbibé d’alcool à 90 °.

Le champignon Botrytis cinerea revêt la forme d’un duvet filamenteux grisâtre. Des fongicides l’élimineront.

Pour information, le gaz propulseur des aérosols peut est source de nocivité pour les plantes carnivores. Il est préférable d’employer des pulvérisateurs, voire des bâtonnets.

Si votre Dionée s’enfonce, veillez à ce que le collet reste hors du substrat. Ce geste évitera qu’elle ne meurt. Si les mâchoires noircissent : il s’agit soit d’une attaque de champignons, soit d’une mort naturelle. Dans les deux cas, supprimez la feuille.

Si votre plante se tord, s’incline voire se déforme, c’est le signe d’attaques de pucerons ou d’un manque de lumière. En l’absence d’intrus, vous pourrez en déduire que la lumière est à l’origine de votre problème.

Si les urnes de votre Sarracenia s’allongent  anormalement et finissent par se coucher, il vous faudra améliorer l’éclairement.

Si votre plante semble végéter contrairement aux années précédentes, c’est qu’un rempotage s’impose.

Et enfin, si vous relevez dans traces blanches sur votre substrat, considérez que la qualité de votre eau n’est pas satisfaisante. Il s’agit d’une accumulation de sels minéraux. Songez à rempoter et à changer votre eau.

11. La multiplication

Les semis sont très faciles à réaliser pour reproduire les Drosera alicea, capensis, spatulata, filiformis et les Drosophyllum.

Le bouturage de racines se destine aux Drosera binata, capensis, regia et aux Cephalotus. Le bouturage de feuilles est plutôt réservé aux Pinguicula, Dionées, Cephalotus voire Drosera. Et enfin le bouturage de tiges s’applique de préférence aux Nepenthes.

La division de souches peut concerner les Catopsis, Darlingtonia, Dionées, Drosera pigmea, Heliamphora, Sarracenia et Utriculia.

Le marcottage, quant à lui, est destiné aux Nepenthes.


12. Les 6 règles d’or

  1. Le substrat idéal : 2/3 de tourbe blonde ajoutés par-dessus 1/3 de sable de Loire.
  2. N’utiliser que de l’eau de pluie.
  3. Exposer les plantes carnivores à la lumière (à l’intérieur ne pas dépasser un mètre derrière une fenêtre).
  4. Utiliser des pots en plastique de couleur claire, si possible des bacs à réserve d’eau.
  5. Les rempoter régulièrement. Ne pas hésiter à utiliser de grands pots.
  6. Ne pas utiliser d’engrais (sauf dans certains cas bien précis)

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arrosage, contenant, engrais, entretien, lumière, maladies, multiplication, parasites, pièges, plantes carnivores, sable de Loire, sphaigne, substrat, température, tourbe blonde
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2 Responses to “Qui s’y frotte, s’y pique…”

  1. bbtgv dit :
    28 avril 2010 à 8:59

    Très intéressant même si je ne suis pas un grand fan des plantes, j’ai trouvé cet article très bien fait.

  2. Myster H dit :
    6 juin 2010 à 9:42

    Et bé… chapeau Captain.
    Vous nous entrainez dans des mondes bien différents… et passionnants.
    Vive le prochain… le sujet sera ?
    A+

    Myster H

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